Je peux remercier deux service
d'urgences et d'hospitalisation maternité où j'ai atterri il y a
peu de me donner plus que largement matière à remplir mon tout
nouveau blog. Néanmoins, j'aurais préféré que ce ne soit pas à
mon détriment. Oui, je sais, je ne me dévoue pas assez à la
cause... Bref, il est temps que je vous raconte comment, aujourd'hui,
en France, quelques praticiens hospitaliers et différents services
peuvent mettre une femme enceinte en grave danger.
Avant de commencer, j'aimerais faire
une remarque : je ne veux pas, sur cette expérience désastreuse
d'une semaine dans un cas particulier et assez spécifique,
généraliser sur tous les soignants que j'ai pu rencontrer à
l'occasion (certains furent, malgré le contexte, professionnels,
voire empathiques), ni encore moins sur le système de soin global.
C'est un dysfonctionnement, à mon humble avis grave, que je vous
livre ici, non une analyse du monde médical dans son ensemble.
Bon, assez bavassé, c'est parti !
Je suis victime de crises non
épileptiques psychogènes, un problème à la frontière entre
neurologie et psychiatrie, qui peuvent, durant une grossesse, poser
de sérieux problèmes. Durant ces crises, je suis « absente »
et ne sais absolument pas au réveil ce qui s'est produit pendant le
phénomène. Chocs sur le ventre, prise de substances diverses
(alcool, médicaments ou autres plus exotiques), tout est possible
quand un cerveau bascule en mode « plus rien à foutre »
et que sa propriétaire n'est plus aux commandes.
Il y a une semaine, j'ai subi plusieurs
heures de crise, entrecoupées de moments de réveil. Ce n'était pas
la première fois et ne sera sans doute pas la dernière. Hors
grossesse, je ne me serais pas affolée plus que ça. Je gère ce
genre de galères depuis plus de 20 ans avec mon entourage et, même
si la situation n'est jamais exempte de risques, disons que j'ai
appris à évaluer quand il est utile de consulter ou non. Mais quand
on a un bébé dans le ventre qu'on tient à préserver, la donne
change, un peu. Et là, je savais que je devrais au moins faire faire
une échographie de contrôle à la fin de cet épisode.
Mon compagnon est rentré au plus vite
du travail averti de ce qui se tramait. Malheureusement tout en
s'occupant de l'urgence en cours, à savoir ma personnalité
alternative en roue libre, peu disposée à coopérer. Dans ce cas,
une seule chose à faire avant mon réveil : me contenir,
m'empêcher de faire des gestes dangereux. Vous aimez le catch ?
Venez me voir en crise, vous serez servi ! L'ennui est que mon cher
et tendre avait depuis longtemps pris pour habitude de chercher à
me faire revenir à moi en agaçant ma colocataire interne
(appelons-la Coloc à l'avenir par commodité 1)
à l'aide d'une méthode plus que discutable et inappropriée.
On ne peut pas tout se permettre, même
dans un but louable. Et en l'occurrence, mon compagnon avait salement
merdé en embrassant allègrement Coloc (dans le cou, sur les bras... gestes connotés et désastreux, mais sans visée sexuelle), qui apparemment
n'a pas le même attrait que moi en temps normal pour les câlins.
Au cas où quelqu'un ne verrait pas le
souci que posent ces actes, je rappelle que moi, lors d'une crise, je
ne maîtrise rien et ne suis pas « présente ». Ce n'est
pas parce que mon corps est disponible que mon esprit consent à ce
qu'on lui fasse n'importe quoi. Je souffre, en plus des crises que
j'évoque, d'un PTSD résultant de plusieurs agressions sexuelles et
viols. Inutile donc de dire que dans ce contexte, tout geste tendre
non désiré ou sollicité ne fait pour le moins pas du bien. Mon
compagnon connaît mon passé et ce qu'il a amené comme
répercussions dans ma vie. Qu'il n'ait pas imaginé qu'en sortant de
mon inconscience, maintenue et embrassée de force (même si, répétons-le, ce n'était pas dans une visée sexuelle ou par plaisir), je puisse un poil
mal réagir, ça me dépasse.
Il se trouve que la crise s'est achevée
sur cet événement (et non, ça ne justifie pas ce qui s'était
passé) Choquée, je me suis mise en retrait par rapport à mon
ressenti immédiat, comme au sortir de chaque agression, afin de
pouvoir me concentrer sur mon état physique. Je savais qu'il
faudrait passer par la case des urgences maternité afin de vérifier
que le bébé n'avait subi aucun dommage.
J'ai fait en sorte que mon compagnon ne
m'y accompagne pas. Je ne me sentais plus en sécurité avec lui et,
ne sachant pas l'ampleur de ce qu'il m'avait fait durant la crise.
Voilà pour le prologue de mes
mésaventures. C'est maintenant que ça se corse et qu'interviennent
les professionnels de santé.
J'avais précisé lors de mon admission
venir pour un contrôle suite à une crise, mais également être
sous le contrecoup d'une agression commise par mon compagnon. Car,
qu'il l'ait voulu ou non, ce qu'il m'a fait relevait de l'agression.
Une fois prise en charge après plusieurs heures d'attente et
rassurée pour mon enfant par une interne et une externe (qui ont
pris soin de se présenter chacune, ce qui est assez rare pour le
souligner), on a parlé plus en détail de la crise et de mon
insécurité face à mon cher et tendre au vu des circonstances.
Elles ont tout fait pour me rassurer et
me dire que cette nuit, on trouverait un lit pour moi, que ce soit en
psychiatrie ou en gynécologie, histoire que je puisse m'apaiser et
faire le point au calme. De plus, elles ont promis de me garder au
secret durant mes soins. Ce dispositif permet à l'hôpital de
répondre par une fin de non-recevoir à toute demande extérieure de
nouvelles me concernant. En gros, « nous n'avons pas cette
patiente dans nos services, au revoir ! ». En
l'occurrence, je n'avais pas forcément ce souhait, mais la
proposition m'a touchée.
Il restait quelques examens physiques à
réaliser dans l'immédiat et on m'a laissée dans le box attendre
gentiment un brancardier. A peine cinq minutes plus tard, je recevais
un appel de mon cher et tendre, tout alarmé qu'un médecin homme
(Que je n'avais absolument pas croisé depuis mon arrivée à
l'hôpital) l'ait joint pour lui dire que je prétendais avoir été agressée, et qu'il fallait venir me chercher. EDIT : L'interne me confirmera par la suite l'usage du mot délire et que son supérieur savait parfaitement qui je désignais comme fautif, mais mon compagnon, après relecture de mon article, me signale que le gus ne lui avait pas directement indiqué que je le mettais en cause. Même si ça ne change pas beaucoup le fond de l'affaire, la rectification semble importante pour rester intellectuellement honnête.
Merveilleux ! Donc non seulement
cet aimable praticien se permet d'estimer que je délire sans m'avoir
seulement entendue, mais en plus il prend le risque d'avertir la
personne que je mets en cause (alors même qu'elle n'est pas
présente) de mes propos et, cerise sur le gâteau, lui demande de
venir me chercher.
On passe en revue tous les problèmes
que ça pose ou c'est assez évident ? Pas pour tout le
monde, vraiment ? Alors allons-y !
Tout d'abord, merci la confidentialité
patient-médecin, je me sens vachement protégée par le secret
médical avec une telle attitude. D'autant que là, il y avait une
notion de danger potentiel en jeu. Imaginez un instant que mon
compagnon ait réellement eu la volonté de nuire. Ce médecin se
posait clairement comme son allié contre une patiente de son service
et m'ôtait toute possibilité de protection et de prise en charge.
Comment confier un statut de victime à des soignants si ça se
retourne contre vous ?
Et en admettant que j'aie réellement
déliré ? Allons un instant dans cette direction. Comment mieux
briser une relation thérapeutique qu'en montrant qu'on ne tient
tellement pas compte de votre discours qu'on vous confronte à
l'objet de votre ressenti à votre insu, certes infondé
factuellement, mais bien présent ?
Si mon compagnon n'avait pas pris la
peine de m'appeler et était venu directement me chercher, imaginez
un peu les ravages, quel que soit le cas de figure envisagé :
moi, démunie face à celui que je redoutais.
Seconde problématique posée par le Dr
Concon : Depuis quand forme-t-on un diagnostic sans
examiner/entendre son patient ? Depuis quand prend-on le risque
d'engager un avis et des actions définitives sur un sujet important
sans aucune bille ? On ne vérifie pas une dénonciation
d'agression avec une prise de sang ou une radio. A la limite, en
écoutant soi-même le récit on peut estimer une crédibilité
potentielle en prenant des pincettes. Mais aller au-delà quand
l'enjeu est la sécurité de quelqu'un,ça me semble un poil
irresponsable. Et quels que soient les circonstances et le contexte,
passer à ce point au-dessus du patient pour contacter directement
un proche (sans avertir ceux qui l'ont pris en charge, au risque de
les mettre en porte à faux) me paraît très discutable.
Enfin, on peut légitimement se
demander comment on peut poser un diagnostic psy (le délire)
d'emblée sur une dénonciation quand on n'est pas psychiatre,
psychologue ou devin. Serait-ce, par le plus grand des hasards, parce
que je souffre de base d'une pathologie psychiatrique (le PTSD) et
d'un trouble à cheval entre neurologie et psychiatrie (les fameuses
crises) ? Cela ne me prive pas de ma lucidité, en dehors des
crises s'entend, ni de ma capacité à analyser et décrire des faits
qui me sont arrivés. Rien, absolument rien, dans mes antécédents,
ne permet de douter de ma perception du réel, au sens pathologique
du terme. C'est donc un préjugé fondé sur du néant et
particulièrement préjudiciable.
Ceci développé, passons à la suite
des événements : Complètement révoltée par ce que je venais
d'apprendre, j'ai alerté une aide-soignante, qui n'en a visiblement
eu que faire. Sans vouloir faire ma rabat-joie, je commençais à
trouver que la parole d'une victime potentielle était moyennement
prise en compte dans le coin. Attention, je ne dis pas que cette
pauvre femme aurait pu faire des miracles. Elle avait bien assez de
travail et accessoirement trop peu de pouvoir pour changer les
choses. En revanche, un petit mot glissé à l'interne, aurait-ce été
jouable ? Pour le coup, je vais m'abstenir de porter jugement.
Après une échographie des jambes pour
s'assurer que je ne faisais pas une phlébite, l'interne est revenue
me voir brièvement et on m'a déplacée dans la salle d'attente. Je
lui ai fait part de ce qu'avait fait son supérieur, et cette perle
de soignante m'a promis de passer la consigne au secrétariat de ne
pas laisser entrer mon compagnon sauf contre-ordre.
Ordre a priori superbement ignoré
puisqu'une demi-heure plus tard, le voilà qui débarque.
Heureusement que nous avions eu une discussion franche lors de son
appel précédent parce que sinon, je crois que j'aurais fini de
m'effondrer à cet instant.
L'interne et l'externe sont revenues et
ont eu la délicatesse de m'emmener à l'écart pour discuter des
retours qu'elles avaient eu des services qu'elles avaient pris soin
de contacter. Le service psychiatrique avait décrété que mon cas
ne relevait pas de chez eux, itou pour le service d'hospitalisation
gynéco.
Autant je peux comprendre pour ces
derniers (pas d'arguments pour un problème concernant ma grossesse),
autant je suis plus intriguée par la réaction en psychiatrie :
une personne visiblement en détresse suite à un récit d'agression
et des crises non épileptiques psychogènes, ça me semble davantage
relever de cette spécialité, quitte à ce que ce ne soit que pour
une nuit d'observation. Mais là encore, je ne me permettrai pas
d'émettre un jugement définitif, je questionne juste.
La fin de ce premier épisode de mes
mésaventures récentes ? Jusqu'au bout, l'interne et l'externe
ont chercher des possibilités de mise à l'abri et se sont assurées
que je ne rentrais pas avec mon compagnon sous la contrainte. Ces
deux femmes ont été exceptionnelles de bienveillance et de
professionnalisme. Je leur ai réclamé avec insistance le nom du
praticien dont l'attitude m'avait clairement mise en danger.
L'interne a tenté d'esquiver cinq minutes, mais malgré une
inquiétude sur les suites que je comptais donner à l'affaire, son
indignation a pris le dessus et elle m'a livré l'information en me
confirmant qu'elle acceptait le cas échéant de payer des pots
cassés si le gus se retournait contre elle. Inutile de préciser que
j'ai grandement apprécié son attitude.
Que retirer de tout ce bordel ?
Avant tout, je ne veux pas placer le
débat sur le fait qu'on puisse croire ou non un récit d'agression.
Nous sommes ici pour parler interactions soignants-soignés. Bon,
allez, ok, si vous vous intéressez à la culture du viol, je connais
un excellent blog, tenu par une charmante femme... ahem.
Au final, peu importe que l'interne
m'aie crue ou non. Elle a assumé son rôle, à savoir recueillir ma
parole, vérifié mon état et celui de mon futur bébé et pris en
compte douleurs physiques et mentales puis a agi au mieux pour les
soulager.
Pareillement, ce que je reproche à
Concon, ce n'est pas de ne pas m'avoir crue, mais d'une part de ne
pas s'être posé de questions avant de coller une jolie étiquette
délire sur mon histoire sans m'avoir entendue, et par ailleurs
d'avoir alerté l'homme que je mettais en cause sans même daigner
m'en faire le moindre retour, personnellement ou via un
intermédiaire.
Avoir des troubles psys ne signifie pas
nécessairement être incapable de distinguer réel et imaginaire. Et
ça ne dispense malheureusement pas d'avoir d'autres problèmes,
physiques entre autres. Les soignants devraient être les premiers au
courant de cette vérité, mais il n'est pas rare qu'ils la
négligent.
1Ca
ne signifie pas que je considère ça comme une personne, une entité
à part entière. Simplement, cette part de moi est assez construite
et hors de mon atteinte pour lui attribuer une sorte de personnage
en soi quand j'en parle.