lundi 4 septembre 2017

Secret médical, écoute du patient ? Une mésaventure personnelle, épisode 1

Je peux remercier deux service d'urgences et d'hospitalisation maternité où j'ai atterri il y a peu de me donner plus que largement matière à remplir mon tout nouveau blog. Néanmoins, j'aurais préféré que ce ne soit pas à mon détriment. Oui, je sais, je ne me dévoue pas assez à la cause... Bref, il est temps que je vous raconte comment, aujourd'hui, en France, quelques praticiens hospitaliers et différents services peuvent mettre une femme enceinte en grave danger.

Avant de commencer, j'aimerais faire une remarque : je ne veux pas, sur cette expérience désastreuse d'une semaine dans un cas particulier et assez spécifique, généraliser sur tous les soignants que j'ai pu rencontrer à l'occasion (certains furent, malgré le contexte, professionnels, voire empathiques), ni encore moins sur le système de soin global. C'est un dysfonctionnement, à mon humble avis grave, que je vous livre ici, non une analyse du monde médical dans son ensemble.

Bon, assez bavassé, c'est parti !

Je suis victime de crises non épileptiques psychogènes, un problème à la frontière entre neurologie et psychiatrie, qui peuvent, durant une grossesse, poser de sérieux problèmes. Durant ces crises, je suis « absente » et ne sais absolument pas au réveil ce qui s'est produit pendant le phénomène. Chocs sur le ventre, prise de substances diverses (alcool, médicaments ou autres plus exotiques), tout est possible quand un cerveau bascule en mode « plus rien à foutre » et que sa propriétaire n'est plus aux commandes.

Il y a une semaine, j'ai subi plusieurs heures de crise, entrecoupées de moments de réveil. Ce n'était pas la première fois et ne sera sans doute pas la dernière. Hors grossesse, je ne me serais pas affolée plus que ça. Je gère ce genre de galères depuis plus de 20 ans avec mon entourage et, même si la situation n'est jamais exempte de risques, disons que j'ai appris à évaluer quand il est utile de consulter ou non. Mais quand on a un bébé dans le ventre qu'on tient à préserver, la donne change, un peu. Et là, je savais que je devrais au moins faire faire une échographie de contrôle à la fin de cet épisode.

Mon compagnon est rentré au plus vite du travail averti de ce qui se tramait. Malheureusement tout en s'occupant de l'urgence en cours, à savoir ma personnalité alternative en roue libre, peu disposée à coopérer. Dans ce cas, une seule chose à faire avant mon réveil : me contenir, m'empêcher de faire des gestes dangereux. Vous aimez le catch ? Venez me voir en crise, vous serez servi ! L'ennui est que mon cher et tendre avait depuis longtemps pris pour habitude de chercher à me faire revenir à moi en agaçant ma colocataire interne (appelons-la Coloc à l'avenir par commodité 1) à l'aide d'une méthode plus que discutable et inappropriée.

On ne peut pas tout se permettre, même dans un but louable. Et en l'occurrence, mon compagnon avait salement merdé en embrassant allègrement Coloc (dans le cou, sur les bras... gestes connotés et désastreux, mais sans visée sexuelle), qui apparemment n'a pas le même attrait que moi en temps normal pour les câlins.

Au cas où quelqu'un ne verrait pas le souci que posent ces actes, je rappelle que moi, lors d'une crise, je ne maîtrise rien et ne suis pas « présente ». Ce n'est pas parce que mon corps est disponible que mon esprit consent à ce qu'on lui fasse n'importe quoi. Je souffre, en plus des crises que j'évoque, d'un PTSD résultant de plusieurs agressions sexuelles et viols. Inutile donc de dire que dans ce contexte, tout geste tendre non désiré ou sollicité ne fait pour le moins pas du bien. Mon compagnon connaît mon passé et ce qu'il a amené comme répercussions dans ma vie. Qu'il n'ait pas imaginé qu'en sortant de mon inconscience, maintenue et embrassée de force (même si, répétons-le, ce n'était pas dans une visée sexuelle ou par plaisir), je puisse un poil mal réagir, ça me dépasse.

Il se trouve que la crise s'est achevée sur cet événement (et non, ça ne justifie pas ce qui s'était passé) Choquée, je me suis mise en retrait par rapport à mon ressenti immédiat, comme au sortir de chaque agression, afin de pouvoir me concentrer sur mon état physique. Je savais qu'il faudrait passer par la case des urgences maternité afin de vérifier que le bébé n'avait subi aucun dommage.

J'ai fait en sorte que mon compagnon ne m'y accompagne pas. Je ne me sentais plus en sécurité avec lui et, ne sachant pas l'ampleur de ce qu'il m'avait fait durant la crise.

Voilà pour le prologue de mes mésaventures. C'est maintenant que ça se corse et qu'interviennent les professionnels de santé.

J'avais précisé lors de mon admission venir pour un contrôle suite à une crise, mais également être sous le contrecoup d'une agression commise par mon compagnon. Car, qu'il l'ait voulu ou non, ce qu'il m'a fait relevait de l'agression. Une fois prise en charge après plusieurs heures d'attente et rassurée pour mon enfant par une interne et une externe (qui ont pris soin de se présenter chacune, ce qui est assez rare pour le souligner), on a parlé plus en détail de la crise et de mon insécurité face à mon cher et tendre au vu des circonstances.

Elles ont tout fait pour me rassurer et me dire que cette nuit, on trouverait un lit pour moi, que ce soit en psychiatrie ou en gynécologie, histoire que je puisse m'apaiser et faire le point au calme. De plus, elles ont promis de me garder au secret durant mes soins. Ce dispositif permet à l'hôpital de répondre par une fin de non-recevoir à toute demande extérieure de nouvelles me concernant. En gros, « nous n'avons pas cette patiente dans nos services, au revoir ! ». En l'occurrence, je n'avais pas forcément ce souhait, mais la proposition m'a touchée.

Il restait quelques examens physiques à réaliser dans l'immédiat et on m'a laissée dans le box attendre gentiment un brancardier. A peine cinq minutes plus tard, je recevais un appel de mon cher et tendre, tout alarmé qu'un médecin homme (Que je n'avais absolument pas croisé depuis mon arrivée à l'hôpital) l'ait joint pour lui dire que je prétendais avoir été agressée, et qu'il fallait venir me chercher. EDIT : L'interne me confirmera par la suite l'usage du mot délire et que son supérieur savait parfaitement qui je désignais comme fautif, mais mon compagnon, après relecture de mon article, me signale que le gus ne lui avait pas directement indiqué que je le mettais en cause. Même si ça ne change pas beaucoup le fond de l'affaire, la rectification semble importante pour rester intellectuellement honnête.

Merveilleux ! Donc non seulement cet aimable praticien se permet d'estimer que je délire sans m'avoir seulement entendue, mais en plus il prend le risque d'avertir la personne que je mets en cause (alors même qu'elle n'est pas présente) de mes propos et, cerise sur le gâteau, lui demande de venir me chercher.

On passe en revue tous les problèmes que ça pose ou c'est assez évident ? Pas pour tout le monde, vraiment ? Alors allons-y !

Tout d'abord, merci la confidentialité patient-médecin, je me sens vachement protégée par le secret médical avec une telle attitude. D'autant que là, il y avait une notion de danger potentiel en jeu. Imaginez un instant que mon compagnon ait réellement eu la volonté de nuire. Ce médecin se posait clairement comme son allié contre une patiente de son service et m'ôtait toute possibilité de protection et de prise en charge. Comment confier un statut de victime à des soignants si ça se retourne contre vous ?

Et en admettant que j'aie réellement déliré ? Allons un instant dans cette direction. Comment mieux briser une relation thérapeutique qu'en montrant qu'on ne tient tellement pas compte de votre discours qu'on vous confronte à l'objet de votre ressenti à votre insu, certes infondé factuellement, mais bien présent ?

Si mon compagnon n'avait pas pris la peine de m'appeler et était venu directement me chercher, imaginez un peu les ravages, quel que soit le cas de figure envisagé : moi, démunie face à celui que je redoutais.

Seconde problématique posée par le Dr Concon : Depuis quand forme-t-on un diagnostic sans examiner/entendre son patient ? Depuis quand prend-on le risque d'engager un avis et des actions définitives sur un sujet important sans aucune bille ? On ne vérifie pas une dénonciation d'agression avec une prise de sang ou une radio. A la limite, en écoutant soi-même le récit on peut estimer une crédibilité potentielle en prenant des pincettes. Mais aller au-delà quand l'enjeu est la sécurité de quelqu'un,ça me semble un poil irresponsable. Et quels que soient les circonstances et le contexte, passer à ce point au-dessus du patient pour contacter directement un proche (sans avertir ceux qui l'ont pris en charge, au risque de les mettre en porte à faux) me paraît très discutable.

Enfin, on peut légitimement se demander comment on peut poser un diagnostic psy (le délire) d'emblée sur une dénonciation quand on n'est pas psychiatre, psychologue ou devin. Serait-ce, par le plus grand des hasards, parce que je souffre de base d'une pathologie psychiatrique (le PTSD) et d'un trouble à cheval entre neurologie et psychiatrie (les fameuses crises) ? Cela ne me prive pas de ma lucidité, en dehors des crises s'entend, ni de ma capacité à analyser et décrire des faits qui me sont arrivés. Rien, absolument rien, dans mes antécédents, ne permet de douter de ma perception du réel, au sens pathologique du terme. C'est donc un préjugé fondé sur du néant et particulièrement préjudiciable.

Ceci développé, passons à la suite des événements : Complètement révoltée par ce que je venais d'apprendre, j'ai alerté une aide-soignante, qui n'en a visiblement eu que faire. Sans vouloir faire ma rabat-joie, je commençais à trouver que la parole d'une victime potentielle était moyennement prise en compte dans le coin. Attention, je ne dis pas que cette pauvre femme aurait pu faire des miracles. Elle avait bien assez de travail et accessoirement trop peu de pouvoir pour changer les choses. En revanche, un petit mot glissé à l'interne, aurait-ce été jouable ? Pour le coup, je vais m'abstenir de porter jugement.

Après une échographie des jambes pour s'assurer que je ne faisais pas une phlébite, l'interne est revenue me voir brièvement et on m'a déplacée dans la salle d'attente. Je lui ai fait part de ce qu'avait fait son supérieur, et cette perle de soignante m'a promis de passer la consigne au secrétariat de ne pas laisser entrer mon compagnon sauf contre-ordre.

Ordre a priori superbement ignoré puisqu'une demi-heure plus tard, le voilà qui débarque. Heureusement que nous avions eu une discussion franche lors de son appel précédent parce que sinon, je crois que j'aurais fini de m'effondrer à cet instant.

L'interne et l'externe sont revenues et ont eu la délicatesse de m'emmener à l'écart pour discuter des retours qu'elles avaient eu des services qu'elles avaient pris soin de contacter. Le service psychiatrique avait décrété que mon cas ne relevait pas de chez eux, itou pour le service d'hospitalisation gynéco.

Autant je peux comprendre pour ces derniers (pas d'arguments pour un problème concernant ma grossesse), autant je suis plus intriguée par la réaction en psychiatrie : une personne visiblement en détresse suite à un récit d'agression et des crises non épileptiques psychogènes, ça me semble davantage relever de cette spécialité, quitte à ce que ce ne soit que pour une nuit d'observation. Mais là encore, je ne me permettrai pas d'émettre un jugement définitif, je questionne juste.

La fin de ce premier épisode de mes mésaventures récentes ? Jusqu'au bout, l'interne et l'externe ont chercher des possibilités de mise à l'abri et se sont assurées que je ne rentrais pas avec mon compagnon sous la contrainte. Ces deux femmes ont été exceptionnelles de bienveillance et de professionnalisme. Je leur ai réclamé avec insistance le nom du praticien dont l'attitude m'avait clairement mise en danger. L'interne a tenté d'esquiver cinq minutes, mais malgré une inquiétude sur les suites que je comptais donner à l'affaire, son indignation a pris le dessus et elle m'a livré l'information en me confirmant qu'elle acceptait le cas échéant de payer des pots cassés si le gus se retournait contre elle. Inutile de préciser que j'ai grandement apprécié son attitude.

Que retirer de tout ce bordel ?

Avant tout, je ne veux pas placer le débat sur le fait qu'on puisse croire ou non un récit d'agression. Nous sommes ici pour parler interactions soignants-soignés. Bon, allez, ok, si vous vous intéressez à la culture du viol, je connais un excellent blog, tenu par une charmante femme... ahem.

Au final, peu importe que l'interne m'aie crue ou non. Elle a assumé son rôle, à savoir recueillir ma parole, vérifié mon état et celui de mon futur bébé et pris en compte douleurs physiques et mentales puis a agi au mieux pour les soulager.

Pareillement, ce que je reproche à Concon, ce n'est pas de ne pas m'avoir crue, mais d'une part de ne pas s'être posé de questions avant de coller une jolie étiquette délire sur mon histoire sans m'avoir entendue, et par ailleurs d'avoir alerté l'homme que je mettais en cause sans même daigner m'en faire le moindre retour, personnellement ou via un intermédiaire.

Avoir des troubles psys ne signifie pas nécessairement être incapable de distinguer réel et imaginaire. Et ça ne dispense malheureusement pas d'avoir d'autres problèmes, physiques entre autres. Les soignants devraient être les premiers au courant de cette vérité, mais il n'est pas rare qu'ils la négligent.



1Ca ne signifie pas que je considère ça comme une personne, une entité à part entière. Simplement, cette part de moi est assez construite et hors de mon atteinte pour lui attribuer une sorte de personnage en soi quand j'en parle.

Maltraitance médicale et docbashing, une simple guerre d'egos ?


Revenir sur Twitter, rouvrir un blog... qu'est ce qui me prend au juste, là ? On va mettre ça sur le compte des hormones puisque je suis enceinte, et basta !

Bref, toujours est-il qu'en retrouvant Twitter, j'ai replongé avec délice dans les querelles entre les indémodables #TeamAirMédecine et #TeamBrutesEnBlanc (oui, je prends volontairement les termes un rien provocateurs que ces deux groupes se balancent parfois allègrement à la tête, j'ai décidé d'être taquine!) Et j'ai eu une furieuse envie de faire part de mes modestes réflexions sur cette guerre des tranchées constante.

Mais vous allez peut-être me demander quelle est ma légitimité pour aborder cet épineux sujet ?

Je ne suis pas soignante et par conséquent, je n'ai qu'une vue partielle des contraintes et difficultés lié à l'exercice professionnel dans le monde de la santé. Je ne prétends par conséquent pas comprendre tout ce qui se passe dans les coulisses de ce milieu.

Je sais néanmoins que les conditions d'exercice, tant en libéral qu'en hospitalier, se compliquent de plus en plus au fil du temps et que les soignants sont souvent en grande souffrance. Manque de personnel, horaires et demandes épuisantes, maltraitance par certains pairs et certains patients ou proches... ils sont loin d'être toujours à la fête !

Si je ne maîtrise pas tous les tenants et aboutissants du côté des soignants, j'ai en revanche plus de pièces du puzzle en face.

je suis d'une part handicapée moteur de naissance (hémiparésie, séquelle d'un AVC in utero) et je gère au quotidien un joli PTSD dû entre autres à des agressions sexuelles et viols répétés, ainsi que des crises assez particulières à la frontière entre neurologie et psychiatrie. Accessoirement, au moment où je rédige cette introduction à mon modeste blog, je suis enceinte et débute le second trimestre de grossesse dans des conditions forcément... intéressantes.

Je suis donc patiente régulière dans plusieurs spécialités médicales : la neurologie, la psychiatrie et la gynécologie. Plus occasionnellement, je navigue comme tout un chacun dans d'autres sphères au gré des malaises et maladies diverses de la vie courante (le tout majoré par mon état de base). Bref, ça fait plus de trente ans que je copine bien malgré moi avec le monde des blouses blanches et croyez-moi ou non, ça finit par donner quelques billes pour comprendre les enjeux liés aux problématiques qui se posent par là-bas.


Alors, est-ce que mon expérience vaut autorité pour m'exprimer sur les questions que je compte évoquer ici ? Clairement pas. Je ne vous propose que mon éclairage, argumenté au mieux. Je ne vous en voudrai pas de questionner mes articles. Bien au contraire, je vous y encourage ! Mais si une promenade dans les couloirs d'hôpitaux ou les salles d'attente de cabinets en ma compagnie vous tente, soyez les bienvenus !